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Hommage à Jean Paul Riopelle


Robert Bernier. Photo Julie Bourgeois



Le 12 mars denier marquait le 10e anniversaire du décès de Jean Paul Riopelle, l’artiste canadien en arts visuels le plus connu et le plus célébré à l’étranger. Il a fait partie de la grande effervescence de l’après-guerre, connu et côtoyé les plus grands créateurs, marchands et penseurs de son temps. Mais il s’intéressait avant tout aux personnes et surtout aux personnages. Peut-être parce qu’il en était lui-même tout un !

En préparant ce numéro, il a encore réussi à m’étonner. Plus on est attentif à son travail, plus on écoute ses œuvres, plus il y a de chance que survienne un déclic, puis un autre et encore un autre, on associe  alors et on comprend davantage sa force de création, car il s’agit bien d’une force. J’ai songé également que si un seul mot pouvait bien le décrire, ce serait : « puissance ». Une puissance globale, entière, de celle qui pousse aux extrêmes et au bout de soi. Il était puissant dans son geste, ingénieux dans son approche, sensible et attentif à tout ce qui l’entourait. Puissant dans ses humeurs également.

Par nature (humaine), nous sommes portés trop souvent à dissocier les choses, les bons contre les méchants, le fort contre le faible, l’abstraction à la figuration…  cette dualité comporte des pièges et Riopelle, lui, a réussi à piéger ces pièges. Ainsi, la puissance, la sienne en tout cas, est un tout et elle porte ainsi en elle son contraire. Il était puissant et fragile, assuré et inquiet. Cela peut expliquer, par exemple, la tonitruance de son geste dans sa peinture des années 50 aux années 70 et, à travers ce déchaînement de matière, les perles de sensibilité que renferment ses encres aquarelles de la même période. Il était puissant par les deux bouts de la lorgnette. En 1979, quand il délaisse la peinture à l’huile parce que sa condition physique ne lui permet plus de travailler debout, il réalise une série d’estampes parmi les plus fines et les plus délicates, empreintes autant d’invention que de tristesse, j’ai nommé Le lied à Émile Nelligan…

Homme de contraste ? Il nous faut apprendre à ne pas utiliser les mots comme écran ni confondre préjugé et vision, ainsi que Jean Paul Riopelle l’a fait comme peintre en débusquant les choses. Sachons que derrière ce que nous croyons être le monde, il existe en fait tout un univers !

Bonne lecture

Robert Bernier

 

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